Bibemi : sous l’arbre à palabres, la terre se raconte autrement

À Karedjé, l’ombre d’un hangar de banco et de paille suffit à rassembler tout un quartier. Les animateurs de l’ONG JAPSSO s’y sont installés deux jours durant, les 27 et 28 juin 2026, au milieu des bancs de bois et des motos garées entre les piliers — décor simple d’une mission qui ne l’était pas moins : parler d’érosion à des hommes et des femmes qui en vivent les conséquences sans toujours en connaître le nom.

Cette descente s’inscrit dans le projet de développement rural conduit par JAPSSO dans les régions du Nord et de l’Adamaoua. À Adoumri comme à Karedjé, deux villages bénéficiaires du projet de réhabilitation des pistes rurales, l’enjeu est concret : les pistes fraîchement remises en état n’ont de sens que si les sols qui les portent résistent aux pluies à venir. Alors, sous les arbres et les toits de chaume, les équipes ont pris le temps de s’asseoir avec les habitants, dans le cercle plutôt qu’en face d’eux, pour parler vrai.

Les échanges n’ont rien eu d’une leçon descendante. Vieux installés sur des troncs, jeunes accroupis à même le sol, femmes regroupées un peu plus loin sous un grand arbre d’Adoumri : chacun a pu poser ses questions, raconter ce qu’il observait déjà sur ses propres terres. Au fil des discussions, les causes de l’érosion ont cessé d’être abstraites — elles sont devenues les ravines que ces familles contournent chaque saison, les pistes qui se creusent un peu plus à chaque pluie. Et avec la compréhension est venue l’adhésion : à la fin de la mission, les populations de Karedjé et d’Adoumri maîtrisent les causes, les conséquences et surtout les mesures correctives qui leur permettront de protéger ce qu’elles ont déjà commencé à reconstruire.

Tout n’a pas été simple pour autant. La mission est tombée en pleine reprise des activités champêtres, et nombre de riverains, retenus aux champs, n’ont pu se joindre aux causeries. Une mobilisation en demi-teinte qui n’enlève rien à la qualité des échanges tenus, mais que JAPSSO retient comme un repère précieux pour mieux choisir, la prochaine fois, le bon moment pour aller à la rencontre des communautés.

Ce que ces deux journées ont surtout révélé, c’est une évidence simple : la résilience d’une piste rurale ne se joue pas seulement dans les travaux de réhabilitation, mais aussi dans la capacité des populations qui la côtoient chaque jour à en devenir les gardiennes. À Bibemi, sous les hangars de Karedjé et les arbres d’Adoumri, cette graine-là a été semée.